Qu'est-ce que l'équithérapie
Comme souvent dans le champ de la psychothérapie, des termes circulent qu’il convient de préciser.
Il existe des pratiques et des formations sérieuses et reconnues, mais il n’y a pas, à ce jour, un titre officiel d’équithérapeute dispensé par une école. Equithérapeute définit donc une pratique, une façon de s’y prendre dans l’accompagnement ou le soin, à la différence d’ergohtérapeute, psychologue ou neuro-psychologue par exemple, qui sont des diplômes universitaires autorisant l’utilisation d’un titre.
Plusieurs modes de soins existent avec les animaux (zoothérapies) et avec les chevaux en particuliers. Ces pratiques divergent quant aux techniques utilisées et aux buts recherchés.
Les zoo-thérapeutes, les équi-thérapeutes, les équiciens, utilisent tous la relation avec le cheval comme support de travail, avec des buts, des moyens et des techniques différents. Ces informations sont facilement accessibles et ne seront pas détaillées ici.
Pour qui ?
C’est une question tout à la fois simple et très complexe. La réponse simple, c’est que cela peut s’adresser à toute personne intéressée.
Il faut préciser qu’il existe tout de même une contre-indication : La colère.
Bien entendu la colère comme émotion n’est pas un problème et peut être accueillie. Ce qui n’est pas possible, c’est de mettre en contact un cheval avec quelqu’un qui ne sait pas canaliser sa colère. Le cheval n’est pas équipé pour se repérer en face des comportements de colère. Bien entendu, il n’est pas là pour subir quoi que ce soit, mais au-delà de cette éthique, nous ne pourrions pas garantir la sécurité de la séance.
De façon un peu plus détaillée, nous avons pu constater que l’approche avec la médiation équine est particulièrement adaptée pour des enfants qui n’ont pas un accès facile à un soin classique. Pour certains enfants, très timides ou particulièrement fragilisés par des événements de la vie, pour d’autres, trop agités, anxieux ou très inhibés, la présence d’un poney ou d’un cheval permet d’entrer bien plus facilement en contact avec le psychologue et d’exprimer plus rapidement et simplement ses difficultés.
Ce travail peut être également facilité par la présence d’autres enfants et s’effectuer en petits groupes.
Pour les adolescents cette médiation est presque toujours une indication favorable, y compris dans des moments de crise.
Les indications classiques pour les adultes sont l’anxiété, les troubles dépressifs, l’inhibition, les périodes de rupture existentielle et les fragilités post-traumatiques. Également les questions et les difficultés liées à la parentalité en général.
Et les difficultés liées au monde du travail.
Dans tous les cas, le cheval est un médiateur et la séance reste une séance de psychothérapie qui répond aux critères classiques de la prise en charge par un psychologue. On peut essayer et voir si c’est fructueux.
La médiation animale
La première responsabilité que l’on prend dans la pratique de psychologue clinicien, comme dans celle de psychanalyste, est de mettre en place et de prendre la responsabilité d’un cadre de travail ou la parole peut avoir lieu. Ça peut-être un bureau, un divan. La plupart du temps, l’espace feutré d’un cabinet constitue la meilleure option. Mais il se peut que ce cadre formel ne soit pas le plus adapté à ce que quelque chose puisse se dire.
Nous utilisons alors des médiations. Par exemple nous dessinons ou nous jouons avec un enfant. Nous mettons alors en place un cadre de travail qui simplifie l’accès à la parole. Cet objet qui circule entre nous permet de plus facilement se parler. C’est aussi le cas du travail avec les chevaux ou les poney. Dans ma conception de la pratique, en tant que psychologue, le cheval, le centre équestre, la carrière ou le box, sont simplement le cadre d’une séance. Un grand bureau que l’on peut utiliser si besoin.
La prise en charge commence toujours par un entretien classique, dans la mesure du possible au cabinet de Grenoble. Ensuite les séances peuvent alterner entre le centre équestre et le cabinet cela dépend des situations. Chaque soin est différent et personnel.
Une précision importante : Ces séances ne sont en aucun cas des leçons d’équitation. La plupart du temps l’intégralité du travail se fait à pied. C’est à dire qu’on ne monte pas à cheval si ce n’est pas nécessaire à la progression. Dans le respect de la compréhension éthologique des chevaux, nous cherchons la connexion, la confiance et le contrôle de la situation.
Pourquoi le cheval
Une psychothérapie à médiation équine repose sur les particularités spécifiques des équidés. En effet, malgré la domestication, les études éthologiques[1] nous montrent que les chevaux conservent le comportement caractéristique de cette espèce en conditions naturelles.
Ces animaux, dans leur milieu écologique, sont des proies qui vivent en troupeau et qui ont un appareil sensoriel très développé. Ils portent constamment une grande attention tant à leurs congénères qu’à leur environnement. Sachant que la fuite est leur meilleur moyen de défense contre leurs prédateurs, ils restent en permanence attentifs à la moindre variation de posture d’un des membres du troupeau, variation qui, si besoin, alerte quasi instantanément l’ensemble du troupeau.
Cette capacité de lecture reste active dans leurs interactions avec les humains. Ils nous lisent et perçoivent la moindre de nos tensions musculaires, nos rythmes respiratoires et cardiaques, notre production hormonale via nos odeurs corporelles, etc. Littéralement, un cheval sent nos états affectifs, que nous cherchions à (nous) les cacher ou non.
La présence d’un cheval, nous permet donc un accès à notre état plus direct, mais dans un cadre très sécurisé et respectueux. Nous pouvons ressentir et exprimer des choses à notre insu ou à demi-mot grâce aux chevaux qui sont des experts du ressenti.
[1] – ROCHE H. (2020) Apprendre à observer les chevaux – Dans les pas des scientifiques, Delachaux & Niestle